Hommages
Hommage à Claudio
Claudio, c’était notre Géo Trouvetou de l’informatique et Big Chief de la toile. Il a créé et fait vivre le site d’Humus depuis la création de la foire. Ce n’était certes qu’une facette de cet individu que nous avons peu à peu appris à connaître. Il œuvrait toujours avec le cœur, car si celui-ci n’était pas de la partie, Claudio non plus. Dans l’association Humus, le cœur y est de mise, les engagements aussi, parfois au-delà de nos capacités physiques, qu’il dépassait toujours au final pour terminer le boulot, dans des rangements harassants. Si certains pestaient contre les absents, lui était arc-bouté sur la tâche à terminer. Il courait de partout, avant, pendant et après, toujours aux manettes pour permettre aux différents conférenciers, cinéastes, artistes de développer leurs propos dans des conditions de qualité maximum. Il trouvait toujours la solution lorsqu’un problème se présentait, que ce soit technique, matériel. Nous lui devons toutes les finalisations de nos affiches et flyers, le calcul des marges à laisser pour l’imprimeur, l’ajout des logos, des infos de dernières minutes, les dernières fautes à corriger dans l’urgence. Le militantisme le nourrissait, dans sa façon personnelle de lutter, discret mais présent dans les manifs, à réfléchir aux alternatives, les appliquer dans son quotidien et les faire partager. Quand la maladie a pointé le bout de son nez, elle semblait, dans ces moments de renaissance qu’était la conception de la nouvelle édition, devoir se casser du paysage illico, tant l’énorme énergie que déployait l’énergumène, ne pouvait laisser manœuvrer la camarde. La dernière édition, sans doute la plus compliquée pour lui, n’a pas semblé produire les mêmes effets, puisque Claudio nous signifiait son désir de ne plus être de la partie. Mais nous n’y croyions guère, persuadés de le revoir bien vite.
Claudio était capitaine dans l’âme, naviguant loin des tempêtes, serein sur les canaux bourguignons avec son frêle esquif… Il passait les écluses en main de maître, tenant bon la barre, ressourcé par cette lenteur. Il partagea joyeusement cette expérience avec nous, les humusiens.
Une de ses dernières grandes aventures fut certainement son engagement pour sauvegarder La Credogne, cette rivière attaquée par le projet d’un promoteur. Présent à chaque rencontre, lors de chaque action. Heureux de patauger dans la rivière, loin devant les autres, pour réaliser cette étude des ripisylves, notant chaque entrelacs de racines, traces d’animaux, arbres remarquables. Posant les pièges photos avec l’art du pisteur, radieux de pouvoir nous présenter la Loutre se glissant devant l’objectif. Et le soir devant ses machines, à rentrer et numériser toutes les données…
La rivière restera libre, nous lui devons aussi cela.
Nos vingt ans lui sont dédiés.
Hommage à Lulu du Morvan,
l’infatigable défenseuse des forêts est décédée

Lulu du Morvan, l’infatigable défenseuse des forêts est décédée Article rédigé Par Gaspard d’Allens pour Reporterre
Lulu du Morvan, infatigable défenseuse des forêts, est décédée dans la nuit du 9 au 10 mars. Elle qui a marqué des générations de militants, le corps toujours en action, nous rappelait que la forêt est un spectacle vivant, et qu’elle nous rend heureux et libres.
Même les plus grands arbres tombent. Lulu du Morvan, notre infatigable défenseuse des forêts, est décédée dans la nuit du 9 au 10 mars, à 84 ans. Elle avait la vigueur et la détermination patiente du grand chêne auquel elle aimait s’agripper, dans la forêt qu’elle avait sauvée d’une coupe rase, sur les hauteurs d’Autun, en Saône-et-Loire. Sa mort laisse un grand vide, elle qui a marqué des générations d’amoureux des bois et de militantes et militants. Elle fait partie de ces pionnières auxquelles on se raccroche et dont les combats nous inspirent et nous orientent. Elle est l’une des premières à avoir politisé notre attention aux bois et à avoir alerté sur les dangers de l’industrialisation des forêts, à une époque où nous étions nombreuses et nombreux à détourner le regard.
Elle a longtemps prêché seule et avec pugnacité, une gouaille et un franc-parler détonnant. Rencontrer Lulu — Lucienne Haese de son vrai nom —, c’était découvrir un exemple de cette ténacité dont peuvent faire preuve les écologistes. C’était découvrir, en actes, une sensibilité à vif, prête à tout pour défendre la vie autour d’elle. Les hiérarchies sociales, les petits barons, les politiques n’avaient qu’à bien se tenir. Cette femme issue d’une classe populaire n’avait pas peur. Elle était ancrée. Elle puisait sa force dans ce vivant qui partout se défend. Avec une simplicité débordante, une soif et une joie qui ne pouvaient être que communicatives.
Lire aussi : Lulu du Morvan, la forêt qui se défend
Lulu, c’était l’écoféminisme incarnée, la sensibilité faite politique. Le corps toujours en action. C’était la puissance des « résistances affectives ». Elle affrontait les ministres, sans sourciller, et tous ces hommes encravatés qui l’ignoraient. Elle, l’écolo, l’amoureuse des oiseaux, qui ne savait pas que tout se vend, s’exporte ou se pèse. Elle, qui préférait écouter la brise plutôt que le son terrible des tronçonneuses. Elle, qui trouvait le souffle de son existence dans le simple fait de marcher dans les bois.
Lulu disait : « Arrête-toi, écoute, admire. Tu vois cette lumière dans les feuilles ? J’ai jamais vu une telle beauté. On dirait des diamants »
Lulu nous manque déjà. On avait besoin d’elle dans le combat pour des forêts vivantes. Elle qui avait créé le premier groupement forestier citoyen. Elle montrait que nous n’étions pas seulement de doux rêveurs, mais qu’une gestion alternative et respectueuse des forêts pouvait être mise en place, simplement et efficacement. Des centaines de personnes ont adhéré à son projet, acheté des forêts qui étaient menacées par l’industrie pour s’en occuper de manière différente — en futaie irrégulière, dans une approche sylvicole proche de la nature. Nous pouvons couper du bois tout en prenant soin du vivant. Nous pouvons jardiner la forêt comme des permaculteurs. Voilà le message qu’elle martelait aux productivistes ! Voilà les preuves apportées par toute sa vie de combat.
Lulu nous a quittés, mais tout reste aujourd’hui à faire. Le flambeau doit être repris. La bataille ne fait que commencer. Comment se fait-il que les coupes rases soient toujours autorisées en France ? Elles sont interdites en Suisse depuis 1902, depuis 1948 en Slovénie ! Les conséquences environnementales de ces coupes n’ont cessé d’être détaillées, même dans un rapport commandé par Christophe Béchu, alors à la tête du ministère de l’Environnement. Lui-même s’était déplacé dans la forêt du Morvan pour rencontrer notre amie. Avec ses mocassins et ses cheveux gominés, il avait dit quelques belles paroles et puis était reparti à toute berzingue, dans sa vie de béton. Rien n’avait changé.
Mais la scène avait le mérite de révéler les deux mondes qui se font face. Le langage cuit et prémâché du ministre d’un côté et, en face, la parole brute, enracinée et vibrante de Lulu. En elle parlait quelque chose de profond et de précieux. Une voix qui nous sort de nous-mêmes, qui porte attention à tout ce qui palpite autour de nous. Toutes ces présences qui sont là. Ces oiseaux qui piaillent dans le vent. Ce chevreuil qui aboie dans la nuit. Lulu était entourée, et pas que par nous, ses alliés humains. Elle avait avec elle toute cette cohorte des habitants de la forêt. Elle comptait sur eux, comme on pouvait compter sur elle.
Quel que soit l’arbre dans lequel tu es perchée, un grand merci. Nous essayerons d’être à la hauteur
Lulu est une précurseuse. Elle dessine le chemin. Plus qu’elle ne le défriche. Elle trace un sentier à même le maquis, une sente de bêtes, que nous devons, nous aussi, arpenter. Pour rester les pieds sur Terre. Tenir debout dans l’adversité et savoir d’où l’on vient. Elle avait une phrase qu’elle aimait répéter quand je la voyais, elle disait :
- « Attends, avec tes questions. Arrête-toi, écoute, admire.
- Tu vois cette lumière dans les feuilles ? J’ai jamais vu une telle beauté. On dirait des diamants. »
Lulu nous rappelait que la forêt est un spectacle vivant, et qu’elle nous rend heureux et libres. Qu’on ne peut pas séparer la lutte de la contemplation, et que le cri écologiste est un cri d’amour.
Où que tu sois, et quel que soit l’arbre dans lequel tu es perchée, un grand merci. Nous essayerons d’être à la hauteur.
Hommage à Francis Hallé

Professeur de botanique tropicale, explorateur de la canopée des forêts primaires, botaniste, dendrologue, fervent défenseur des forêts, nous avons eu la chance de l'écouter lors de sa conférence en 2008 à Humus. Nous vous proposons un extrait de l’hommage que lui a rendu Marc-André Sélosse, qui sera avec nous en Mai pour Humus 2026. En effet, le combat de Francis Hallé continue, puisque Humus 2026 fait la part belle aux arbres et aux forêts. La lutte pour garantir la pérennité et la non destruction de nos forêts est urgente face à toutes les menaces qui viennent sans vergogne raser des pans entiers de forêts, dénaturer nos paysages, détruire la bio-diversité ….
« Francis Hallé nous a-t-il quitté ? Oui, peu avant la première heure de 2026, entouré des siens, et… non. Son travail scientifique, en particulier autour de l’architecture des plantes et du radeau des cimes, reste source d’inspiration et de travaux pour de nombreux scientifiques. Les générations d’étudiants qu’il a formées et enthousiasmées à la botanique, notamment aux forêts tropicales, sont maintenant actives. Ses lecteurs du grand public, émerveillés depuis ‘l’Éloge de la Plante’, cheminent encore vers un végétal renouvelé sous sa plume ! Et puis sa pensée avait évolué et il nous laisse des textes sur la tropicalité ou la beauté – beauté infusant d’ailleurs dans ses dessins botaniques (qui illustrent ses ouvrages et qui avaient été mis à l’honneur par la Fondation Cartier en 2019). Ce Francis-là, artiste et esthète, il ne peut mourir non plus, tant qu’on peut le regarder.
Nous perdons quand même, malgré de nombreux enregistrements, sa voix, son style narratif lent et saisissant, parfois pas content, et ses discussions enjouées. (…) Sa voix avait progressivement, de la botanique, gagné le champ de la protection des écosystèmes, notamment forestiers. Et justement, il nous reste son projet de forêt primaire européenne, portée par l’Association Francis Hallé pour la forêt primaire : quand une telle forêt verra le jour, Francis aura gagné une forme d’immortalité. »
Hommage à Sylvie Simon
Sylvie Simon est partie début novembre pour d'autres contrées. Nous avons eu la joie et la chance de l'avoir avec nous pour une conférence sur la santé en mai 2012. C'est une grande dame qui va manquer par son engagement sans faille et ses convictions
A nous de poursuivre son travail
http://www.sylviesimonrevelations.com/
Hommage à Robert Charbonnier

Robert nous a quittés,comme ça, sans crier gare, à la fin du mois d'août. Autant dire que nous n'en sommes pas encore remis!
Vous tous qui l'avez connu ou juste rencontré, avez sans doute senti que ce n'était pas un homme tout à fait ordinaire. D'ailleurs, est-ce un hasard si on le comparait aussi souvent au Père Noël, à Karl Marx, à Victor Hugo ou à Gaston Bachelard, le philosophe poète?....C'est qu'il avait assurément un peu de chacun d'eux.
Ce qui frappait chez lui, c'était son engagement, un engagement dans tout ce qu'il entreprenait, dans ses relations aux autres, dans les combats qu'il a menés toute sa vie, dans son besoin de donner corps à ses rêves. C'était un être concerné et toujours en éveil qui voulait changer ce monde qui ne lui convenait pas et faire advenir une autre réalité plus belle, plus riche .C'était un être solaire et généreux qui voyait grand pour tous. Il voulait élargir la vie ,la rendre plus dense, plus belle. Il faisait du bien autour de lui sans même le vouloir.
Cet intranquille, ce révolté, était doté d'un enthousiasme et d'une énergie à déplacer les montagnes et il arrivait toujours à faire naître chez les autres le désir de l'accompagner. C'était un formidable rassembleur. Il savait écouter et comprendre, expliquer, convaincre, et trouver des terrains d'entente. Il aimait être et agir avec les autres, à sa manière, déterminée et fraternelle.
Il avait un désir insatiable de connaître et de comprendre. C'était un lecteur passionné, intéressé par l'Histoire, par les Sciences de la Vie, la Philosophie, la Littérature, la Poésie... Il remettait sans cesse en cause ses savoirs. Aux dogmes et aux vérités figées, il préfèrait la pensée en mouvement, cette pensée qui fait des détours pour revenir, plus riche, se concentrer sur son objet.
Il avait besoin d'échanger, de partager, de discuter, de confronter ses idées à celles des autres.
Il avait une énergie créatrice exceptionnelle qui se déployait dans tous les domaines. Les oeuvres qu'il a créées sont innombrables, qu'elles soient matérielles , comme ce jardin édennique réalisé année après année et où poussent à profusion fruits, fleurs et légumes, ou qu'elles soient intellectuelles comme ces recherches très pointues sur l'histoire des chiffres et des opérations mathématiques.
Humus aura été sa dernière et peut-être la plus accomplie de ses créations. Il y avait investi tout ce qui lui tenait à coeur: ses exigences intellectuelles, son intérêt pour l'éducation populaire, pour le foisonnement des idées et des expériences, son désir de présenter les germes d'un monde plus juste, plus respectueux, plus généreux, plus beau, son envie d'être et de partager avec les autres, son envie de réaliser une aventure collective ambitieuse dans laquelle nous, les "humusiens" et vous tous, nous nous sommes embarqués avec bonheur. En vérité c'est celà qu'il voulait: créer du bonheur, enchanter la vie. Il a réussi magnifiquement!
Nous ne pouvions nous arrêter là! Nous nous sommes donc promis de continuer cette oeuvre en restant fidèles à son esprit. La tâche sera difficile car, même s'il nous a beaucoup transmis, Robert était un travailleur acharné, un animateur et un chef d'orchestre remarquable. Nous ne pourrons pas le remplacer, mais nous essayerons de porter son héritage.
Nous vous donnons donc rendez-vous pour le week-end des 5 et 6 mai 2012 à Châteldon. Cette édition lui sera dédiée.
Les membres de l'association Humus:
Martine, Anne et Thierry, Annette et Claude, Claudie, Maryse, Didier, Eric et Corinne, Valérie et Rico, Sylvain, Soizic, Bernard.
Previous page: Contacts
Next page: Hommage à Jocelyn